HOMELIE DU DIMANCHE 03 AOUT 2025

18ème dimanche du temps ordinaire / C

Fête de la mer à Bricqueville sur Mer

Frères et sœurs,

Eh oui ! La marée en a ainsi décidé : Parce qu’ici, c’est la mer qui commande ! Pendant que nous sommes rassemblés aussi nombreux ici, à la cale Vanlée de Bricqueville sur Mer, pour cette fête de la mer, à quelques pas, non loin d’ici, à la Criée de Granville, nombreux de nos frères et sœurs sont aussi réunis autour de notre Père évêque, pour célébrer, eux aussi la fête de la mer : le Grand Pardon. Comme eux et en forte communion de prière avec eux, nous nous inscrivons dans la tradition de la découverte, de la protection et de la valorisation du patrimoine maritime. Nous voulons aussi être reconnaissants à Dieu qui nous donne de profiter de la mer, cette étendue immense d’eau, qui a permis à plusieurs générations avant nous de découvrir leur vie, de la rythmer et de la gagner. Blain-Pinel Marie, dans La mer, miroir d’infini, déclare que « la mer, ce n’est pas seulement la "vaste étendue d’eau salée qui couvre une grande partie de la surface du globe" ; [elle est] surtout, l’immensité, la profondeur, le mouvement, l’appel du large… : l’Ailleurs qui attire l’homme hors des limites étriquées de l’espace terrestre et le confronte aux forces cosmiques ».

Juste après cette messe, nous allons embarquer dans le navire des sauveteurs en mer pour poser trois actes essentiels et chargés de sens. Nous procéderons à la bénédiction de la mer, à la prière pour les péris en mer et au dépôt symbolique de la gerbe. Tout ceci vécu dans une attitude de foi, nous lie effectivement à la grande lignée de nos vaillants marins qui ont marqué l’histoire de cette partie de la France avec bravoure, abnégation. C’est au nom de cette foi et dans l’espérance du lendemain meilleur dont ils ont rêvé que je nous félicite d’avoir fait si nombreux le déplacement de ce jour et d’avoir prévu cette messe à l’air libre. Au cours de cette messe, nous prierons en action de grâce pour ces hommes dont la bravoure nous a valu d’être ici aujourd’hui ! Nous prierons aussi pour confier à la miséricorde de Dieu tous nos frères et sœurs qui ont péri en mer. Ils sont nombreux ceux et celles qui embarqués pour des aventures, ou pour la pêche ont dû être victimes des tumultueuses et impétueuses eaux de la mer. Pendant que vous pensez à tous les vôtres qui ont succombé, mon cœur d’africain m’impose de penser aussi à ces nombreux jeunes qui, cherchant à gagner les larges européennes en vue d’un lendemain meilleur, ont fait de la mer leur cimetière. Avec tous les vôtres qui ont péri en mer, nous offrons la gerbe de fleurs pour leurs combats, des plus nobles aux moins justifiables.

Dans la joie de ce jour de fête, l’Eglise notre Mère nous donne d’écouter des textes qui viennent nous sortir de nos somnolences et de nos insouciances. Ils nous rappellent notamment une réalité que nous connaissons bien, même si il est difficile de l’affronter. Cette réalité est que l’homme et tout ce qui relève de l’homme finit toujours par finir. Le livre du Qohéleth dont nous avons écouté un bel extrait en première lecture nous le dit de manière tranchante : « vanité des vanités, tout est vanité ». En nous proposant ce texte, la liturgie de la Parole de Dieu ne verse pas dans un nihilisme (où tout est néant), mais souligne le caractère éphémère, si peu consistant, de la vie et d’œuvres humaines, le caractère dérisoire et donc décevant, frustrant de la condition humaine. Le texte et le message que véhicule cette péricope ont été prêtés au roi Salomon.

La Bible le décrit comme un roi exceptionnel qui se distingue par sa grande sagesse et intelligence et une culture hors du commun. Il écrivit de nombreux proverbes et chants, on lui attribue les écrits sapientiaux de la Bible : les Proverbes, le Qohéleth et les Cantiques des cantiques. Il est un homme bien, altruiste, pacifique, d’où son nom – Salomon – qui veut dire en hébreu « paix ». Ses différentes connaissances ont fait de lui un homme puissant qui a dirigé la monarchie de main de maître. Et voilà qu’à la fin de sa vie, une vie remplie de joie, de bonheur, de plaisir et de désir… Ayant fait une rétrospection, voyant tout ce qu’il avait réalisé et vécu, l’homme riche arriva à un constat très pessimiste de la vie, qu’il résume en ces mots : « Vanité des vanités, tout est vanité ! » Son incroyable expérience de vie ne tient pas sur 500 pages, tout est dit dans une phrase. Voilà comment il résume la vie, la vôtre, la mienne : « Tout est vanité ! » Ce grand roi Salomon qui avait tout pour lui, qui a éprouvé toutes les satisfactions de son temps : argents, or, bétails, femmes, puissance, pouvoir, influence, intelligence, sagesse, se rend à l’évidence que tout ce que nous possédons ou construisons solidement est vanité, éphémère. Voilà, frères et sœurs ce qui dit tout de ce que nous sommes et de ce qu’est notre vie. Elle est si belle qu’il faut craindre qu’elle soit si fragile. J’ai envie de dire que c’est un piège au quotidien qui nous guette. Et pour ne pas nous laisser surprendre par ce piège, en partant des l’évangile de ce jour, je voudrais nous proposer trois chemins de sortir.

Prendre conscience que Dieu bénit le travail de l’homme. Comment ne pas tomber en admiration devant l’excellente saison du cet homme de l’évangile qui se réjouissait pour ses champs qui ont beaucoup donné ? Pour le peuple d’Israël mais aussi pour tout chrétien, c’est Dieu qui bénit les semailles. Le psaume 64 nous le rappelle fortement : « Tu visites la terre et tu l'abreuves, tu la combles de richesses ; les ruisseaux de Dieu regorgent d'eau : tu prépares les moissons. Ainsi, tu prépares la terre, tu arroses les sillons ; tu aplanis le sol, tu le détrempes sous les pluies, tu bénis les semailles. Tu couronnes une année de bienfaits ; sur ton passage, ruisselle l'abondance ». Cela nous convainc, s’il en est encore besoin, que Dieu n’est pas contre l’abondance dans la vie de l’homme. Au contraire, il bénit et féconde. Jésus n’a-t-il pas dit qu’à celui qui en a on donnera plus ? Dieu est heureux de notre bonheur et souhaite qu’il s’accroisse davantage. Voilà pourquoi nous ne devons rien négliger de ce qui peut nous préserver dans le bonheur. Parce qu’avec saint Irénée de Lyon, « la gloire de Dieu, c’est l’homme debout ». Oui Dieu trouve sa joie et est honoré quand le lait se laisse traire à foison dans nos étables ! il est heureux quand les champs sont dorés sous nos yeux ! Il exulte quand la pêche est féconde ! Il n’est pas du tout fâché quand nos entreprises prospèrent et que les bourses montent pour notre plus grand bonheur.

Cependant nous devons faire attention à une dérive à laquelle peuvent nous conduire les largesses de Dieu. L’homme heureux de ses récoltes de l’évangile n’a pas su éviter le piège, celui de ne pas devenir fou. Jésus en effet, le qualifie de fou. Pour bien comprendre l’expression fou, il nous faut savoir que le même mot se traduit pas imbécile qui en grec veut dire idiot. Le grec ancien appelle idiot celui qui s’est éloigné des affaires publiques et sociales et par extension désigne celui qui est seul. Le péché dans lequel l’abondance dont Dieu l’a béni a plongé le jeune de l’évangile est qu’il est devenu vraiment seul, vide de Dieu et loin de ses frères et sœurs. Ce danger nous guette de façon permanente, surtout quand nous sommes trop conscients de nos richesses, de nos appartenances à une élite au point d’exclure les autres et de mettre Dieu entre parenthèses. Le 26 mai 2008, le pape Benoît XVI avertissait : « Ceux qui négligent Dieu « limitent la vie et le monde au ‘fini’, à ce que nous-mêmes pouvons faire et penser, et ceci est toujours trop peu ». Et voilà la folie qui gagne tous et toutes aujourd’hui : tellement compter avec ce que nous pouvons sans tenir compte de Dieu encore moins de nos frères et sœurs. Il y a tellement d’idiots modernes qui courent nos rues et notre société ! Ceux et celles-là qui n’ont d’yeux que pour eux-mêmes et pour leurs propres intérêts. Et il me semble que l’heure de l’internet et de l’intelligence artificielle n’est pas pour inverser la courbe. Les riches construisent des systèmes qui isolent les plus pauvres et qui empêchent Dieu de rentrer dans leur chœur et dans leur cour. C’est peut-être aussi pourquoi il nous faut craindre une société où les riches sont toujours plus riches (parce que protégés par les riches qui gouvernent) et les pauvres toujours plus pauvres. Ils font taire Dieu pour mieux isoler le pauvre afin que son cri ne parvienne jamais à leur cœur. Non frères et sœurs, prenons garde pour que nos richesses ne fassent de nous des idiots qui s’ignorent. Heureusement d’ailleurs que l’évangile se termine en nous faisant une proposition concrète : être riche en vue de Dieu.

« Voilà ce qui arrive à celui qui amasse pour lui-même, au lieu d’être riche en vue de Dieu ». Cette finale sonne comme un avertissement qui nous rappelle deux choses essentielles. D’une part, nous rejoignons ce que nous disions plus haut : toute richesse est le fruit de la bénédiction de Dieu. Etre riche en vue de Dieu peut donc vouloir nous inviter à avoir Dieu comme la source de notre richesse et à orienter son usage pour sa gloire et jamais contre lui. D’autre part, le sachant, nous devons nous considérer comme des intendants des trésors et richesses que Dieu nous donne. Ils continuent d’être propriété de Dieu qui nous les confie pour que nous puissions les faire fructifier au profit de nos frères et sœurs.

Sylvain YAI, Bricqueville sur Mer.


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